95 % du budget demandé par le conseil de l'ESA a été accordé, soit 8,255 milliards d'euros sur 5 ans. Dans ce cadre, le programme obligatoire est abondé de 3,1 milliards d'euros, dont 2,1 milliard pour les activités scientifiques, en hausse de 2,5 % pour compenser l'inflation..
Parmi les nouvelles missions, la surveillance globale pour l'environnement et la sécurité (GMES) obtient 52 millions d'euros de plus que l'enveloppe de 200 millions initialement prévue. La mission ExoMars et les autres composantes du programme Aurora, dont quelques études sur des missions lunaires, reçoivent 724 millions d'euros.
De fait, l'envoi en orbite d'un certain nombre de missions a échappé au centre spatial guyanais (CSG) de Kourou et à son lanceur vedette, la fusée Ariane. La sonde Venus Express, par exemple, a quitté la Terre à bord d'une fusée russe Soyouz tirée de Baïkonour (Kazakhstan). Le satellite Cryosat, détruit par son lanceur, est parti de Plesetsk (Russie) sur un ICBM russe reconverti, Rokot. La première pièce du GPS européen Galileo, dans quelques jours, comme le satellite chasseur d'exoplanètes Corot, dans plusieurs mois, partiront aussi sur des Soyouz.
Certes ces missions n'étaient pas toutes adaptées à la volumineuse coiffe de la toute nouvelle fusée Ariane-5 et donc de ce fait incapables de payer le prix demandé pour le tir d'un aussi puissant lanceur. Mission a donc été souvent confiée au consortium franco-russe Starsem de mettre en oeuvre pour ses missions le très économique lanceur Soyouz, dont l'arrivée prochaine à Kourou devrait intervenir en 2008.
Derrière la mesure de préférence de l'ESA se cache donc plus une volonté de couvrir toute la gamme des charges utiles, de 10 tonnes à quelques centaines de kilos, et d'offrir depuis Kourou les moyens de les mettre en orbite avec Ariane, mais aussi avec un Soyouz amélioré pour les charges moyennes et un petit lanceur italien, Vega, pour les charges modestes. En bref, s'armer pour mieux résister à l'émergence de pays "peu chers" comme l'Inde ou la Chine. Les lancements européens bénéficieront ainsi d'une vraie priorité, à moins que l'offre rivale ne soit inférieure de 25 % à celle proposée.
A Berlin, aux côtés des Français, les Italiens étaient ainsi les plus ardents défenseurs de cette préférence continentale à laquelle le directeur général de l'ESA, Jean-Jacques Dordain, n'a pas voulu donner qu'une dimension commerciale. Pour lui, l'ESA, en gagnant en autonomie, renforce sa cohérence. Encore que, trente ans après sa création, issue de la fusion d'un organisme gérant les lanceurs et d'un autre s'occupant des satellites, l'agence a toujours du mal à faire l'unanimité sur ses programmes qui sont souvent le fruit de compromis âprement négociés.
UNE STATION TROP COÛTEUSE
Français et Italiens auraient ainsi aimé assortir leur préférence européenne d'un signal de défiance envers la station spatiale internationale (ISS), victime des ennuis des navettes américaines, sous forme d'une baisse du budget de ce programme. Les Allemands, maîtres d'oeuvre du laboratoire Columbus qui attend d'être greffé à l'ISS, leur ont opposé la menace de bloquer la résolution sur les lanceurs. Pour des raisons politiques et économiques, l'Allemagne peut difficilement voir remis en cause un projet qu'elle défend depuis des années et qui soutient son industrie spatiale.
Français, puis Italiens, ont donc fini par accepter les 650 millions d'euros nécessaires à ce secteur. Non sans avertir que les choses seraient bloquées si certaines étapes-clés du calendrier de l'ISS n'étaient pas respectées. " On a tort de faire comme si tout allait bien avec l'ISS, maintenait, lundi soir, le ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche, François Goulard. Il faut sortir de ce jeu de dupes et ouvrir des discussions avec les Américains pour leur demander comment ils voient l'avenir si la station ne peut être complétée."
Ce rafraîchissement sur les vols habités s'est traduit par la mise entre parenthèses d'une participation au futur vaisseau de transport russe Kliper. "L'orientation de l'Europe spatiale penche nettement en faveur des missions robotisées, beaucoup moins coûteuses, ou du développement des services que peuvent rendre les satellites", estime M. Goulard. De fait, l'oeil fixé sur le total de leurs dépenses, les ministres n'en ont pas moins accordé un net soutien à ExoMars, robot qui doit partir à la recherche de traces de vie sur la planète rouge en 2011. Ce programme est même l'un des rares à rentrer de Berlin mieux pourvu qu'il n'y était arrivé.
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-718398@51-627749,0.html


